« Quelle est en effet la page, quelle est la parole dont Dieu est l'auteur, dans l'Ancien et le Nouveau Testament, qui ne soit une norme parfaite pour la vie humaine ? Quel est le livre des saints Pères catholiques qui ne nous fasse entendre comment courir tout droit jusqu'à ce que nous parvenions à notre créateur ? »

Translatio

08/06/2016

Première parution !


À côté des récits si attachants du « Pèlerin Russe », ce livre, plus dense et davantage didactique, est sans doute un des plus importants écrits récents sur la ‘prière de Jésus’. Il parait pour la première fois en français.

L’auteur

L’auteur du livre, le moine HILARION DOMRATCHEV est un des fondateurs du monastère Saint-Simon le Cananéen du Nouvel Athos, vers la fin du XIXe siècle. En 1907, il publia « Sur les monts du Caucase » où il relatait sa rencontre avec le starets Désiré et transmettait son enseignement et son expérience spirituelle. Réédité en 1910 et 1912 l’ouvrage, connut un accueil enthousiaste, tant dans les milieux monastiques que dans l’intelligentsia russe.


Le livre

« Sur les monts du Caucase » est l'un des plus importants écrits récents sur la ‘Prière de Jésus’. Du même genre que les « Récits d’un pèlerin russe », l’ouvrage du R.P. Hilarion est une introduction pratique, vivante et narrative à la prière de Jésus, mais beaucoup plus profonde et détaillée, émaillée de très nombreuses citations de l’Écriture sainte et des Pères. Au cours de son exposé, le R.P. Hilarion traite des principes de toute la vie spirituelle. Par ses descriptions pittoresques et contemplatives des montagnes du Caucase, il constitue une introduction concrète à la contemplation de Dieu. Par-delà la pratique que la prière de Jésus, ce livre offre donc de manière vivante toute une introduction à la vie spirituelle et à la prière en général.






Dans ce maître-ouvrage se trouve consigné le meilleur de l’enseignement des anciens Pères sur la ‘prière de Jésus’, tradition que son auteur, le
hiéromoine Hilarion Domratchev, a patiemment pratiquée et recueillie dès le seuil de sa vie monastique au Mont Athos. Nous présentons ici les premiers chapitres de


"Sur les monts du Caucase" 

На горах Кавказа


Une introduction générale indique quelques points de repères historiques et doctrinaux pour faciliter au lecteur occidental la compréhension du livre. Les enseignements du starets (la deuxième partie du livre) commencent au chapitre 10.

On pourra consulter ici le plan général de l'ouvrage.

Afin de conserver dans toute son intégralité la vigueur de la pensée, nous avons opté pour une version très littérale, au risque de reproduire par endroits le style redondant de la langue russe à cette époque. 

Lire le premier chapitre de : Sur les monts du Caucase.


26/11/2015

SUR LES MONTS DU CAUCASE (11)


CHAPITRE 11.


Explication détaillée du premier degré de la prière de Jésus.


(Lire le chapitre précédent)



Le lendemain de l’arrivée du starets, nous l’entreprîmes de nouveau, dans notre indignité, pour qu’il nous expliquât en détail tout ce qui se rapporte à la pratique de la prière de Jésus selon l’intellect et le cœur, et, surtout, d’après son expérience personnelle, ce qui est toujours plus admirable et efficace que la lecture des livres.
À ces paroles, l’enthousiasme de son cœur fit de nouveau resplendir le starets d’une lumière spirituelle, car il ne pouvait rester impassible à la pensée de la grandeur du nom de Jésus-Christ, et des effets qu’il produit en l’homme, quand celui-ci le porte en son cœur ; ceci lui était connu d’expérience, et son esprit se réjouissait à la pensée de partager avec d’autres le trésor céleste qu’il possédait, car il avait un amour sincère envers son prochain.

Le starets dit alors :

Je loue votre saint désir, mes frères, et je prie Dieu qu'il vous donne, selon les trésors de sa gloire, d'être puissamment fortifiés par son Esprit en vue de l'homme intérieur, et que le Christ habite dans vos cœurs par la foi. (Cf. Eph 3, 16-17)
Il faut dire tout d’abord que la seule pratique de la prière de Jésus ne se maintient pas, si nous ne nous appliquons pas, selon nos forces, à garder tous les commandements de Dieu. Ce n’est que sur la base de l’observation des commandements du Christ que peut pousser l’arbre salutaire de la prière de Jésus. Dans le cas contraire, à savoir si l’on transgresse volontairement la loi de Dieu, arrive ce dont parle l’Écriture : L'un bâtit et l'autre détruit : qu'en retirent-ils, sinon de la peine ? (Si 34, 23)
En particulier, comme vous et moi l’avons éprouvé dans notre vie, non pas une ou deux fois, mais presque quotidiennement, il faut conserver sans faillir un amour sincère envers le prochain.
En commençant l’apprentissage de cette prière, il faut se protéger comme d’un mur de pierres, par la prudence, l’effort et l’attention, de sorte à ne pas offenser son prochain de quelque manière - ni en paroles, ni en actions, ni par le regard, ni par la pensée, sans accorder aucune attention à la médiocrité de son rang, de ses connaissances et de sa situation, même s’il est le tout dernier par la fortune et la culture. Envers un tel homme il faut, au contraire, témoigner une charité encore plus grande et toute spéciale ; cette charité certifie la vérité de la prière, et sa sincérité absolue, car les gens qui sont élevés par leur situation dans la vie, ceux qui sont riches et illustres, nous pouvons les aimer, en ayant en vue notre avantage, alors que dans ce cas nous ne pouvons avoir une telle visée, et la charité est véritable, sainte et parfaite. [1]

Si, de par notre faiblesse, nos habitudes de péché, et, surtout, par inattention et par distraction, nous offensons un de nos frères, il nous faut employer tout ce qui dépend de nous, et tous les moyens possibles, pour l’apaiser, lui demander pardon et lui rendre tranquillité et sérénité. Notez-le bien, dit le starets, ce point est très important pour la prière. Faute de l’observer, vous ne réussirez pas, malgré votre application à la prière, jour et nuit et pendant des années. Nous l’avons éprouvé, ajouta le starets, dans toute notre vie, et nous tirons de l’expérience cette loi et cette règle, à laquelle il faut s’attacher par une obligation intangible, non pas de manière légère et simpliste ; il faut s’en faire un principe radical et essentiel : ne jamais offenser personne par quelque action que ce soit. Nous en voyons un exemple dans les écrits des saints Pères. Saint Jean Climaque, décrivant le monastère d’Alexandrie, et son illustre abbé, dit qu’on y apprenait avant tout aux frères à ne pas blesser la conscience d’un autre ; il ajoute qu’ils avaient entre eux des signes secrets, par lesquels ils se rappelaient les uns les autres à l’œuvre spirituelle, même au moment du repas. [2] Saint Isaac le Syrien dit de même : « Si tu veux être en communion avec Dieu par ton intellect, efforce-toi avant tout de rendre ton cœur miséricordieux, car c’est par ce moyen plus que par tout autre que nous pouvons nous rendre semblables à notre Père du Ciel, comme dit le Sauveur : soyez miséricordieux comme votre Père du Ciel et miséricordieux. » (Lc 6, 36)

Le saint patriarche Jérémie [3] insiste plus encore sur cette miséricorde : « Supposons que quelqu’un ait comme ami le Seigneur Dieu lui-même, on comprend que par là il aurait aussi comme amis tous les habitants du ciel. » Ainsi en est-il dans le cas présent : qui a dans son cœur la vertu de miséricorde, a en même temps toutes les autres vertus, et cela, parce qu’elle est l’accomplissement de la loi et la racine du bien.
C’est pourquoi, lors du redoutable jugement, notre Seigneur Jésus-Christ va scruter et juger les œuvres de miséricorde que nous aurons accomplies envers le prochain.

23/09/2015

SUR LES MONTS DU CAUCASE (7)

Après avoir décrit, dans le chapitre sixième, les principaux fruits de la prière, le présent chapitre s'attache à montrer ce qui est requis pour obtenir du don de la prière et pourquoi celle-ci est difficile. Il analyse les rapports entre la psalmodie et le saint Évangile avec la prière de Jésus, et étudie les relations naturelles entre les parties constitutives de l’homme. La règle de prière du starets se voit justifiée par les enseignements des Pères, depuis saint Antoine le Grand jusqu'à l'anonyme contemporain qui lui a enseigné la prière de Jésus...


CHAPITRE 7.


L'apprentissage de la Prière de Jésus


Lire le chapitre précédent...

Question : Que faut-il pour acquérir le don de la prière de Jésus, autrement dit, la communion vivante avec le Verbe de Dieu, Jésus-Christ, en qui se trouvent toute vie et toute lumière vivifiante pour tous les hommes ?

Réponse : Avant tout, il faut croire que Notre-Seigneur Jésus-Christ est Fils de Dieu et vrai Dieu, qu’il est le libérateur promis au monde, que l’humanité avait attendu tout au long des siècles, son Sauveur et son réconciliateur, dont il fut dit à nos premiers parents qui avaient péché : la descendance de la femme écrasera la tête du serpent. (Gn 3, 15)
Ensuite, il faut faire tout ce que le Seigneur Jésus-Christ nous a commandé dans son saint Évangile, par lui-même ou par ses saints disciples et apôtres. Autrement dit, il faut accomplir tout ce que nous enseignent la loi chrétienne, notre foi orthodoxe et la sainte Église, établie sur le fondement des apôtres et des prophètes, dont Jésus-Christ lui-même est la pierre angulaire. (Ep 2, 20) Il faut s’approcher, avec les dispositions convenables, des mystères saints et vivifiants, que sont le corps et le sang du Seigneur Jésus-Christ, dans le sacrement de l’Eucharistie. Sans lui, selon la parole du Seigneur lui-même, nous ne pouvons avoir en nous la vie éternelle. Absolument rien ne peut remplacer ce très saint sacrement. Il est divin, infini et éternel par ses fruits et sa force qu’il nous communique, tandis que tout ce qui nous est propre et humain est imparfait, voire péché.
Il faut mener en tout une vie pénitente, dans les podvigs, les labeurs de la piété et les bonnes œuvres ; s’appliquer avec zèle à accomplir toute bonne action qui se présente sur le chemin de notre vie.




En même temps il est nécessaire de prier la très sainte Mère de Dieu, ‘protectrice intrépide des chrétiens’ [1], reine du ciel et de la terre, pour recevoir le don inappréciable de la prière de Jésus,
Il faut être bien convaincu et persuadé de cette vérité que, élue d’entre tout le genre humain, ‘plus pure que les Chérubins, incomparablement plus glorieuse que les Séraphins’ [2], plus brillante que la lumière du soleil, la Mère toujours vierge du Christ notre Dieu, a été rendue digne, de par ses perfections incomparables, d’être la mère du Fils de Dieu, né du Père avant tous les siècles ; il lui a été donné la grâce d’accorder cette prière aux hommes qui lui demandent ce très céleste don, comme on le voit dans la vie de nombreux saint serviteurs de Dieu, par exemple : Séraphim de Sarov [3], Parthène de Kiev [4], Maxime l’Athonite [5] et d’autres.
C’est pourquoi, si quelqu’un s’adresse du fond du cœur à la Mère de Dieu et lui demande avec ferveur le don de la prière, il le reçoit sans obstacle - et ce don se manifeste comme un gage de la grande miséricorde de Dieu à notre égard. Cette prière divine et sainte, terrible à toute créature, et feu pour les démons, repose nécessairement sur quatre colonnes. La première colonne est une sincère humilité : il faut demander au Seigneur Dieu le don de se regarder comme la pire des créatures, considérant tout homme sans exception comme meilleur que soi ; s’adresser à lui amicalement, sincèrement, ouvertement, sans aucune flatterie, perfidie ou artifice.


Deuxièmement, cette prière repose sur une charité fraternelle sans hypocrisie, universelle, même jusqu’au sacrifice de sa vie. Il faut aimer tout frère comme soi-même ; lui faire ce que l’on veut qu’on nous fasse, et même lui donner ses biens les plus nécessaires, en un mot, livrer sa vie pour le prochain.


Troisièmement il faut conserver à tout prix la pureté de l’âme et du corps. On entend par là qu’il faut éviter la passion impure de la luxure dans toutes ses espèces et manifestations, depuis les pensées et sentiments du cœur jusqu’aux contacts passionnels. Il faut savoir que le baume céleste ne peut demeurer dans un vase fétide, mais le brise et s’écoule à l’extérieur.


La quatrième colonne de la pratique intérieure de la prière de Jésus est d’avoir un cœur affligé et une contrition douloureuse de ses péchés, et de ses blessures. Cette dernière condition est tellement indispensable que, comme chacun sait, saint Jean Climaque dit : « quels que grands que soient nos podvigs, si nous n’avons pas un cœur douloureux, alors tout est vain et sans utilité. »
En outre il faut un grand zèle et une application extraordinaire à cette pratique et un effort indicible, et par-dessus tout l’aide de Dieu. Mais, de plus, il s’écoule parfois des dizaines d’années avant qu’un homme parvienne aux frontières de la prière de Jésus.


- Pourquoi est-elle si difficile ?

- Parce que rien ne lui est comparable en ses degrés élevés, là où se déroule et se réalise toute notre véritable vie spirituelle, comme le savent bien ceux qui se sont rendus dignes de la grâce divine de parvenir à cet état sublime. Cette prière est un des moyens les plus forts pour le combat contre les forces adverses, comme le dit le Climaque : « Combats les adversaires invisibles par le nom de Jésus ; tu ne trouveras pas d’arme plus puissante. » Nous avons dit que dans le Nom de Dieu se trouve Dieu lui-même ; mais acquérir Dieu n’est pas aisé.